Certaines personnes prétendent que le minimalisme est quelque chose pour les riches, et qu’il faut vivre dans l’abondance pour penser à se passer du superflu. Nous aurait-on menti en nous disant que la simplicité était accessible à tous?
Dans cet article, nous allons débattre de cette question en apparence épineuse, et j’étaierai mes propos avec mon expérience personnelle. En effet, j’ai connu le minimalisme pendant des années de pauvreté relative, et pendant des années d’abondance. Je peux donc vous parler des deux situations.
Définition
minimalisme
n.m.
Mode de vie consistant à supprimer le superflu et à ne vivre qu’avec le nécessaire.
Si l’on se base sur la définition du minimalisme ci-dessus, alors riches et pauvres qui se tournent vers ce mode de vie seraient censés tendre vers le même objectif. Comme nous sommes tous des humains, le nécessaire (= la satisfaction des besoins primaires) est le même pour tout le monde.
Les choses simples et essentielles dans la vie, on en profite aussi bien quand on est riche que quand on est pauvre, puisqu’un grand nombre d’entre elles sont gratuites. Là par exemple, il est 6h27 du matin et je suis en train d’écrire sur ma terrasse. Quand j’étais pauvre, je n’avais pas de terrasse, mais j’allais écrire à l’extérieur dans des parcs publics. Je pense que mon niveau de satisfaction était le même.
Le minimalisme ne coûte rien
Le fait de réduire ses possessions ne coûte rien, et est accessible à tous. Tout le monde peut décider d’être minimaliste, peu importe ses revenus.
Le minimalisme est un mode de vie intentionnel et est donc gratuit. Cependant, comme pour à peu près tout ce qui existe sur cette planète, certaines personnes, soucieuses de se faire de l’argent, s’en sont emparées pour faire de quelque chose de simple et beau, quelque chose de coûteux et compliqué.
Le marketing a réussi à faire du minimalisme une motivation pour consommer et polluer encore plus. Certains néo-minimalistes, plutôt intéressés par le show, jettent tout ce qu’ils possèdent uniquement pour racheter l’équivalent plus cher ensuite – créant plein de déchets au passage. C’est surtout cela qui est « un truc de riche ». Et même comme cela, je suis persuadée qu’un grand nombre de minimalistes « riches » ne vivent pas comme vous croyez – tous les « riches » n’achètent pas un seul canapé à 10 000€ devant lequel ils passent leur temps à baver en prétendant être une personne simple.
>>> Lire mon article : Les meilleures activités ne coûtent rien : 150 activités gratuites (ou presque). <<<
La pauvreté n’empêche pas l’encombrement
Certains disent qu’il faut d’abord avoir été riche et « avoir eu trop » pour avoir envie de se débarrasser du superflu. Cependant, même des personnes qui n’ont pas d’argent peuvent s’encombrer matériellement et digitalement.
J’ai connu quelques personnes qui avaient très peu d’argent mais dont le logement était rempli à craquer d’objets non-nécessaires, au point qu’il fallait se frayer un passage avec difficulté pour aller d’une pièce à l’autre. C’est ce que l’on appelle la mentalité de pauvre. On a peur de manquer, alors on prend tout ce que l’on peut trouver gratuitement (dons d’objets que les autres ne veulent plus, choses trouvées dans la rue, échantillons, etc.) ou pour trois fois rien (babioles dans les magasins spécialisés en articles à 1€, par exemple).
Un autre point à souligner est que pauvreté ne veut pas dire n’avoir aucun objet. En Occident, je n’ai jamais connu une personne pauvre qui n’ait pas un intérieur bourré d’objets. Au contraire, j’ai connu des personnes très « pauvres » au niveau de l’épargne et des revenus, qui accumulaient de manière phénoménale. Et là, le minimalisme prend tout son sens.
Être pauvre ne vous empêche pas d’aller dans les magasins de hard discount et d’y acheter plein de trucs à 50 centimes. Je l’ai fait moi aussi à certains moments. Pareil pour la nourriture. Quand on est pauvre, on a tendance à faire des stocks de peur de manquer. Quand j’y repense, j’aimerais avoir pu me détacher de la peur de manquer pour garder cet argent en cash, car j’ai gaspillé à la fois de l’argent et de la nourriture en faisant cela.
Vivre en-dessous du niveau de la pauvreté tel que défini en Europe, n’empêche pas de faire des choix peu éthiques et de faire du mal à la planète. Même si vous êtes « pauvre » (il s’agit souvent de pauvreté relative et non absolue, car vous conservez généralement en Occident quand même un certain pouvoir d’achat), vous pouvez décider de ne plus participer à ce circuit néfaste de la consommation pas chère. En ce sens, je ne pense donc pas que le minimalisme soit réservé aux riches.
Une impression de richesse
Ce préjugé que le minimalisme est pour les riches vient peut-être en partie de l’intentionnalité des minimalistes. Ils achètent moins, mais mieux, et sont très sélectifs dans leurs acquisitions ou l’agencement de leur logement. C’est comme cela qu’une amie m’a dit un jour, en constatant que j’achetais beaucoup d’aliments non-transformés et bio, que je m’étais « embourgeoisée ». Finalement, mon budget nourriture est moins élevé qu’avant, tout en achetant de meilleurs aliments. Il ne faut pas oublier non plus que je ne vais plus dans les fast-foods, je n’achète plus de repas tout préparés, j’ai fortement réduit les boissons autres que de l’eau. L’un dans l’autre, ces modifications peuvent donner une impression de bourgeoisie alors qu’en fait je me serre la ceinture.
Par contre, je connais des gens qui ont l’air super fauchés, mais qui dépensent des centaines d’euro chaque mois juste en fast-food, plats préparés, alcool et cigarettes.
Il est clair qu’un minimaliste peut plus facilement avoir l’air riche du fait qu’il a peu d’objets de très bonne qualité. Par exemple, j’ai un sac à main en cuir qui m’a coûté cent euro, et cela peut faire un peu snob, mais je l’utilise depuis des années, et je n’achète jamais de sacs à main en synthétique. J’ai un panier tressé en osier que j’utilise pour faire les courses, qui m’a coûté environ 50€ – mais je n’achète jamais de cabas réutilisables en plastique qui coûtent 2€ la pièce. Certains achètent un ou deux de ces cabas à chaque course, ce qui peut facilement revenir à 100€ par an. Qu’on me dise alors lequel est le plus riche des deux?
Le minimalisme rend riche
Par ailleurs, ce qui renforce encore ce préjugé que le minimalisme est pour les riches, c’est que diminuer drastiquement votre consommation, en gardant des revenus inchangés, finit par réellement vous rendre riche. On en reparlera dans un autre article.
Une fois que vous avez bien épargné grâce à votre frugalité, vous avez la vie financièrement plus facile. N’oublions cependant pas que cet aise financier ne survient qu’à condition d’avoir pu vivre des années avec le minimum, ce que les détracteurs du minimalisme tournent aussi souvent en ridicule.
Même si vous ne partez pas d’un niveau de vie très élevé, le minimalisme aide à vous garder à flot et à économiser de l’argent. Comme je l’ai déjà dit dans un autre article ou podcast, étant étudiante, j’étais tellement fauchée que le minimalisme m’a permis de ne pas devoir arrêter mes études, et maintenant, je suis médecin.
L’argent facilite le détachement
Ce qui est vrai, c’est que le fait d’avoir de l’argent en réserve facilite le détachement par rapport aux objets. Si vous avez une superbe paire de bottines que vous ne mettez jamais, ou un appareil que vous n’avez pas utilisé depuis longtemps, vous allez plus facilement les donner en sachant que si vous avez des regrets, vous pourrez les racheter facilement.
Cet argument se tient, à ce niveau-là. Cependant, on parle ici surtout d’objets superflus puisque, même en étant pauvre et minimaliste, il ne vous viendrait pas à l’idée de jeter votre brosse-à-dent ou votre dernier slip. Honnêtement, quand j’étais pauvre, je ne possédais aucune des choses que j’ai données une fois que j’ai eu de l’argent. La question ne se posait même pas : pas d’aspirateur, pas de télévision, même pas de smartphone, … Même si je les avais eus, et donnés, je pense que j’y aurais survécu.
C’est à ce moment-ci qu’on devrait lancer le débat sur la pauvreté absolue et la pauvreté relative, mais ce n’est pas le sujet de cet article.
Le minimalisme améliore la qualité de vie des riches et des pauvres
Dans l’une de ses vidéos, le minimaliste américain Joshua Becker donnait une astuce intéressante. Il expliquait comment améliorer sa qualité de vie sans augmenter ses dépenses. Il suffit d’acheter moins d’un certain type de produit, mais d’en augmenter la qualité.
Honnêtement, je suis sûre que certains clients du supermarché doivent se dire que je suis une grosse bourgeoise quand je me ramène avec mon sac à main en cuir et mon panier en osier, mais ils ne m’ont coûté de 150-160€ au total et je n’en ai qu’un seul exemplaire.
Quand j’ai recommencé à désencombrer en été 2024, j’ai fait comme Marie Kondô conseillait (dans son livre La magie du rangement*). J’ai rassemblé tous les objets du même groupe à un seul endroit. Quelle ne fut pas ma surprise, une fois les armoires vidées, de constater que je ne possédais pas un seul mais des dizaines et des dizaines de ces sacs cabas réutilisables en plastique. Tout au long du désencombrement, je pense en avoir donné entre 30 et 40 au magasin de seconde-main qui les réutilise pour emballer les achats des gens. Cela représente 24 à 32€ juste pour ceux-là, sans parler des sacs plastique réutilisables, et de tous les sacs cabas que j’avais déjà donnés avant de désencombrer. On voit donc que c’est plus au moins équivalent au prix du panier (50€).
De la même manière, pour l’alimentation, j’ai calculé mon budget mensuel, et j’ai fait le choix d’en supprimer les fast-food et autres produits hypertransformés, pour acheter moins de nourriture mais de meilleure qualité. Cela fait que quand on ouvre mon frigo, on peut se dire « oh, cette minimaliste-là, elle est trop riche », alors qu’en fait il y a des tonnes de choses que je n’achète plus pour me permettre justement ces aliments-là.
Tout le monde peut augmenter sa qualité de vie en consommant moins mais mieux. Quand j’étais pauvre, consommer moins m’a aidée à rediriger le peu d’argent que j’avais vers le nécessaire. Évidemment, je ne pouvais pas manger des aliments très chers, mais si j’avais gaspillé de l’argent en choses superflues, cela aurait été encore pire.
Le minimalisme hypocrite
Le minimalisme, ce n’est pas, par exemple, de n’avoir rien de permanent chez soi et de prendre l’avion tous les deux jours, ou de consommer comme un fou plein d’objets jetables. Certaines vidéos sur le minimalisme me mettent mal à l’aise, même en étant ultra minimaliste moi-même.
On n’est pas obligé d’aller dans les extrêmes. Je veux dire, je vois parfois des vidéos qui critiquent le minimalisme en montrant l’hypocrisie de riches célébrités qui achètent un pantalon à 1000€, et en disant que tout le monde ne peut pas se permettre un pantalon à 1000€. C’est vrai, mais étant pauvre, si vous achetiez avant 4 pantalons à 10€, vous pouvez maintenant en acheter deux à 20€. Ce principe fonctionne tout aussi bien quand on a moins d’argent et je ne trouve pas que ce soit un argument suffisant pour dire que le minimalisme est un truc de riches uniquement.
Pour choquer les esprits, je pourrais dire que même en vivant dans un bidonville, je serais minimaliste. Cela n’est pas une insulte. C’est simplement que le minimalisme est le fait de réduire ses possessions au strict nécessaire et de prendre soin du peu que l’on a. Quand j’étais pauvre, le fait d’être minimaliste m’a permis de redonner de la dignité et de la beauté à mon quotidien.
Comme le souligne Aurélie de la chaîne Une vie simple et zen, « derrière certains intérieurs épurés se cache beaucoup de consommation ». Comme elle l’explique encore, certains vont se débarrasser de plein d’objets et en racheter d’autres qui leur donneront l’air plus minimalistes.
Minimalisme quand on a de l’argent et quand on a pas d’argent
C’est sûr que le minimalisme ne donne pas la même sensation quand on est riche que quand on est pauvre. J’ai vécu les deux, et je préfère évidemment le premier. Pourquoi? Parce qu’il est facile de posséder très peu quand on a de l’argent, puisque l’argent nous dépanne presque dans toutes les situations. Cependant, quand j’étais pauvre, je n’ai jamais possédé un grand nombre d’objets que j’ai donnés plus tard ayant été plus riche. Par exemple, je me passais très bien d’un cuiseur-vapeur, je n’avais pas d’énorme stock de fil à tricoter, je n’avais pas beaucoup de choses (jamais eu, d’ailleurs).
| Sans argent | Avec de l’argent |
| 1) Le minimalisme nous aide a rester à flot, à satisfaire nos besoins primaires. 2) Le minimalisme nous donne accès à des produits moins mauvais (au lieu d’acheter le plus bas de gamme, vous pouvez acheter moyen de gamme) en arrêtant d’acheter plein de produits à 1 ou 2€. 3) Ce que l’on jette ou donne, on ne peut pas toujours le racheter facilement. Il faut donc davantage réfléchir à ses décisions. 4) Avoir moins d’objets permet de déménager plus facilement. Acheter moins de choses, faire de plus petites courses, soulage du fait de ne pas avoir de voiture. Avoir moins de linge permet de faire des voyages moins pénibles au lavoir (et d’en diminuer les coûts). | 1) Le minimalisme nous aide à dégager un surplus d’argent (épargne) et à avancer vers l’indépendance financière. 2) Le minimalisme nous donne accès à quelques produits plus luxueux (ex. aliments bio). 3) On est moins stressé car tout ce dont on se débarrasse, on peut le racheter demain si on le souhaite. 4) Avoir moins d’objets vous rend plus libre – voyager plus facilement, déménager plus facilement (éventuellement vers une autre ville ou un autre pays), |
Le minimalisme aide à gérer le manque d’argent
De mes vingt à mes vingt-sept ans environ, j’ai été franchement pauvre. Pas le genre de pauvreté où l’on a un téléphone normal au lieu d’un téléphone de luxe. Le genre de pauvreté qui vous fait manger du pain à 60 centimes du magasin de hard discount et rationner tout ce que vous avez. Enfin bref, à l’époque, je ne pense pas qu’on puisse vraiment dire que je vivais dans l’abondance. Cela ne m’a pas empêchée d’être attirée vers la simplicité.
Je suis devenue minimaliste au tout début quand j’étais complètement pauvre. Pour moi, les pauvres bénéficient également de la démarche minimaliste, surtout quand on n’a pas de voiture. Il est vrai que quand on est réellement pauvre, on a souvent moins de choses qu’en étant riche, mais le minimalisme aide à s’adapter à sa propre pauvreté.
Tout le monde peut adhérer au minimalisme et à la décroissance
Un autre point que je voulais souligner, c’est que le minimalisme, au-delà d’être une simple tendance de désencombrement, est pour certains une vraie philosophie de vie.
Derrière une démarche minimaliste se trouve souvent une mentalité de décroissance et d’éthique, à laquelle n’importe qui pourrait adhérer, riche ou pauvre. On n’a pas besoin d’être riche pour être révoté par la situation du monde et vouloir y faire quelque chose en arrêtant soi aussi de surconsommer.
Le minimalisme aide les pauvres à moins se faire « arnaquer » par le marketing
Dans la vidéo des Minimalists ci-dessous, l’un des intervenants souligne que les pauvres sont ceux qui peuvent souffrir le plus quand ils sont manipulés à acheter une chose qu’ils ne peuvent pas se permettre, et que donc le minimalisme bénéficie le plus aux pauvres.
Conclusion
Nous arrivons à la fin de cet article, et j’espère avoir pu vous convaincre que le minimalisme n’est absolument pas pour les riches.
On se retrouve samedi prochain à 17h00 pour un nouvel article sur ce blog, et pour un nouveau podcast sur ma chaîne YouTube. Venez nombreux et partagez votre avis dans les commentaires!
Ces derniers temps, il y a de plus en plus de gens qui visitent le site et qui écoutent les podcasts, ce qui témoigne d’un réel engouement pour le sujet de la simplicité et de la réussite. J’espère créer avec vous une communauté où l’on se partage des astuces de réussite, d’indépendance financière, de minimalisme et de frugalité.

Laisser un commentaire